Chiens, chats : ces gestes « normaux » que vous faites encore et que l’Europe considère désormais comme de la cruauté
Couper une queue, laisser un chien attaché ou choisir une race au museau écrasé semblait anodin à beaucoup de maîtres. Le nouveau règlement européen sur le bien-être des chiens et des chats rebat pourtant brutalement les cartes.
Vous avez toujours cru bien traiter votre chien ou votre chat, quitte à suivre les habitudes du voisin, du vétérinaire d’il y a vingt ans ou de l’éleveur du coin. Pourtant, une partie de ces gestes du quotidien bascule progressivement dans la catégorie des pratiques jugées cruelles par l’Europe, même quand ils partent d’une bonne intention.
Depuis 2015, le Code civil français reconnaît l’animal comme un être sensible, et les experts rappellent cinq grands principes de bien-être : ne pas souffrir de faim ou de soif, éviter le stress physique ou thermique, limiter douleurs et maladies, pouvoir exprimer les comportements normaux de l’espèce et être protégé de la peur et de la détresse. C’est ce cadre qui sert de boussole au nouveau règlement européen sur le bien-être des chiens et des chats.
Règlement européen sur le bien-être des chiens et des chats : ce qui change
Environ 44 % des citoyens européens vivent avec un animal de compagnie, pour un marché estimé à 1,3 milliard d’euros par an, dont près de 60 % des ventes se font en ligne. Face aux trafics et aux dérives, l’Union européenne a adopté ses premières règles communes : tous les chiens et chats présents dans l’UE devront être identifiés par puce électronique et enregistrés dans des bases de données nationales interopérables, avec un délai de quatre ans pour les vendeurs, éleveurs et refuges, dix ans pour les propriétaires de chiens et quinze ans pour ceux de chats.
Les importations venues de pays tiers sont aussi visées : les animaux destinés à la vente devront être pucés avant leur entrée, puis enregistrés rapidement, et les particuliers devront préenregistrer leur compagnon au moins cinq jours ouvrables avant l’arrivée. En parallèle, le texte encadre l’élevage en interdisant la reproduction entre parents et descendants, entre grands-parents et petits-enfants, ou entre frères, sœurs et demi-frères ou demi-sœurs, et en prohibant la sélection de caractéristiques physiques exagérées qui mettent gravement en danger la santé.
Mutilations, colliers coercitifs, enchaînement : des gestes quotidiens désormais jugés cruels
Longtemps, voir un Doberman aux oreilles taillées ou un Boxer sans queue paraissait normal. Le règlement range désormais ces mutilations de convenance parmi les pratiques interdites lorsqu’il n’existe aucun motif médical : plus de coupe d’oreilles, de queue, ni d’ablation des griffes ou des cordes vocales pour des spectacles, expositions ou concours. Les vétérinaires rappellent que ces interventions provoquent douleurs aiguës, parfois fantômes, et privent le chien ou le chat de moyens essentiels de communication et d’équilibre.
Le texte considère aussi comme maltraitance l’enchaînement d’un chien ou d’un chat à un objet, hors nécessité médicale ponctuelle, ainsi que l’usage de colliers à pointes ou de colliers étrangleurs dépourvus de sécurité intégrée. Pour la rapporteure Veronika Vrecionová, « Aujourd’hui, nous avons franchi une étape importante pour mettre véritablement de l’ordre dans le commerce des chiens et des chats au sein de l’Union européenne. Notre message est clair : un animal de compagnie est un membre de la famille, pas un objet ni un jouet. Nous disposons enfin de règles plus strictes en matière d’élevage et de traçabilité qui nous aideront à lutter contre ceux qui considèrent les animaux comme un moyen de faire du profit rapide. Dans le même temps, nous garantissons des conditions équitables pour les éleveurs européens honnêtes. », a déclaré Veronika Vrecionová, citée par le Parlement européen.
Consanguinité, élevage intensif et traçabilité : la fin annoncée des usines à chiots et chatons
Avec la mode des races très typées, certains élevages ont fonctionné comme de véritables usines à chiots et chatons, poussant la consanguinité et les portées rapprochées. Les cliniques vétérinaires constatent des troubles respiratoires sévères, des maladies cardiaques et une espérance de vie réduite chez ces animaux issus de lignées trop fermées ou de morphologies extrêmes. Le règlement européen limite donc le nombre de portées par femelle, impose des périodes de repos et interdit de séparer chiots et chatons de leur mère avant huit semaines, sauf avis vétérinaire.
La traçabilité généralisée change aussi la donne : au 22 mai 2026, le projet de règlement impose identification et enregistrement obligatoires, encadre strictement la reproduction (dont la consanguinité), interdit les mutilations et renforce les contrôles sur les élevages et le commerce. Pour l’acheteur, vérifier qu’un animal est pucé, enregistré, issu de parents non apparentés proches et exempt de retouches anatomiques devient le minimum pour éviter d’alimenter malgré soi un marché fondé sur la souffrance.
Foire aux questions sur le règlement européen bien-être des chiens et des chats
Quelles pratiques sur les chiens et chats sont désormais considérées comme cruelles en Europe ?
Le règlement européen interdit plusieurs pratiques courantes considérées comme sources de souffrance. Parmi elles, on trouve les mutilations non médicales (coupe des oreilles, de la queue, ablation des griffes ou des cordes vocales), l’enchaînement durable d’un chien ou d’un chat à un objet, l’utilisation de colliers à pointes ou de colliers étrangleurs sans sécurité, ainsi que la reproduction consanguine proche et l’élevage d’animaux aux caractéristiques physiques extrêmes.
Que change l’identification obligatoire par puce pour les propriétaires de chiens et chats ?
L’identification électronique rend chaque animal de compagnie traçable dans l’Union européenne. Pour les propriétaires, cela signifie une obligation progressive de faire pucer et enregistrer chiens et chats dans des bases de données nationales interopérables, ce qui facilitera le retour des animaux perdus, la lutte contre l’abandon et le contrôle des ventes en ligne ou transfrontalières.
Comment le règlement européen agit-il contre les usines à chiots et le trafic d’animaux ?
Le texte combine contrôle de la reproduction et traçabilité renforcée pour assécher les usines à chiots et le trafic. Il limite les portées, interdit certains croisements consanguins, impose la puce et l’enregistrement pour les animaux vendus ou importés et encadre les mouvements en provenance de pays tiers, avec un préenregistrement obligatoire plusieurs jours avant l’entrée sur le territoire de l’Union européenne.
En bref
- Depuis 2015, l’animal est reconnu comme être sensible et l’Union européenne, portée par 44 % de ménages propriétaires de chiens ou chats, adopte un règlement commun sur leur bien-être.
- Le texte interdit mutilations de convenance, colliers coercitifs, enchaînement durable, reproduction consanguine proche et races hyper-typées, tout en généralisant la puce électronique et l’enregistrement dans des bases interopérables.
- Propriétaires et acheteurs devront revoir habitudes, équipement et choix d’élevage, sous peine de nourrir malgré eux des pratiques désormais assimilées à de la cruauté par l’Europe.