K-beauty : cette routine venue d’Asie séduit partout, mais cache des substances troublantes sur votre peau chaque jour

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K-beauty : cette routine venue d’Asie séduit partout, mais cache des substances troublantes sur votre peau chaque jour

Portée par TikTok et le soft power coréen, la K-beauty s’impose dans les salles de bain françaises avec ses routines ultra sophistiquées. Mais derrière la glass skin et les packagings ludiques, que cachent vraiment ces formules pour notre santé et la planète ?

L’influenceuse Rose Lucy lance sa vidéo TikTok avec un enthousiaste « Ce soir, je fais ma skincare avec vous », avant d’enchaîner un baume, un gel, une lotion, deux sérums, une crème de nuit. Six produits, tous issus de la K-beauty. Ce layering impressionnant, répété matin et soir par des milliers de fans, est devenu le nouveau rituel beauté.

Arrivés en France au début des années 2010, les cosmétiques coréens promettent prévention, hydratation maximale et peau façon glass skin. En 2025, ils ont généré plus de cinq milliards d’euros de revenus, avec une projection à douze milliards d’ici huit ans. Mais derrière cette success story, la composition de certains produits commence à être passée au crible.

K-beauty et cosmétiques coréens : une vague portée par le soft power

Pour Mélanie Mauduit, International Brand Marketing Manager de MiiN Cosmetics, « C’est une approche différente de la beauté, avec des types de produits différents, des formules différentes », explique-t-elle dans Femina. Le gouvernement coréen a largement soutenu ce mouvement. « Il a mis en place une stratégie pour faire rayonner sa culture, K-dramas, K-pop et K-beauty », souligne Chloé Arjona, directrice du pôle beauté chez NellyRodi, citée par Femina.

Les produits se sont imposés dans les rayons de Sephora, Nocibé, Action, sur Amazon ou chez MiiN et Korean Skincare. Le cœur de cible reste les 18-30 ans, mais les préados de 8 à 12 ans et les « Sephora kids » de 9 à 13 ans s’emparent aussi de ces routines spectaculaires, fortement relayées sur TikTok.

Routines K-beauty : prévention, textures inédites et rituels addictifs

La philosophie coréenne privilégie la prévention : hydratation poussée, protection quotidienne contre la pollution et les UV, renforcement de la barrière cutanée. « L’approche de la K-beauty a entraîné une sophistication des discours sur les champs d’action qui sont ceux de la dermocosmétique ; elle a su y insuffler de la désirabilité », analyse encore Chloé Arjona. Objectif affiché : une glass skin, une peau saine, uniforme et ultra lumineuse, souvent grâce à des BB crèmes ou cushions enrichis en filtres solaires.

La sensorialité fait le reste : essences présérums aux textures aqueuses ou laiteuses, mists à réappliquer toute la journée, masques en tissu, biocellulose ou hydrogel, patchs hydrocolloïdes pour les boutons ou le contour des yeux. « En Corée, où depuis longtemps déjà ils ont l’habitude d’appliquer un SPF quotidien, il existe des crèmes solaires pour chaque type de peau, dans des textures invisibles très variées – sticks, gels, sérums, émulsions légères, cushions… », note Mélanie Mauduit dans Femina. Les packs ludiques de Tonymoly ou Too Cool For School ont ouvert la voie, avant une deuxième vague très high-tech avec Medicube, Aestura ou VT Cosmetics.

Ce que cachent certains cosmétiques coréens : ingrédients stars et zones grises

Les marques mettent en avant Centella asiatica, eau de riz, ingrédients fermentés ou mucine d’escargot, si bien que, comme l’observe Chloé Arjona, « les Coréens ont réussi le principe de nature augmentée en mixant tradition et technologie ». Pourtant, une enquête de Vert sur une cinquantaine de produits vendus en France a identifié plus d’une dizaine de références contenant des substances à risque. Les crèmes CC Dull Correct et CC Eye d’Erborian affichent ainsi sept ingrédients problématiques et une note de 0/100 sur Yuka, dont plusieurs filtres UV suspectés perturbateurs endocriniens et un nano-dioxyde de titane classé par le Circ comme « cancérogène possible pour l’homme ».

On y trouve aussi du cyclométhicone, mélange de silicones suspectés d’effets hormonaux. D’autres formules de la marque contiennent du butyloctyl salicylate, que Céline Couteau juge inquiétant : « Le butyloctyl salicylate est utilisé de manière anarchique par les industriels, qui font du hors-piste », s’étonne-t-elle dans Vert. Classé « susceptible de nuire au fœtus en cas d’inhalation » par l’Echa, il est aussi présent chez Torriden ou Beauty of Joseon. S’ajoutent le conservateur BHA, classé « cancérogène possible pour l’homme » par le Circ, le BHT, « toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme », et le phénoxyéthanol, omniprésent chez COSRX, Dr. Jart+ ou dans les marques maison d’Action.

Pour la toxicologue Zoé Kerlo, « La quantité de filtre UV y est infime, et donc cela ne sert à rien », juge-t-elle dans Vert, en parlant des soins de teint enrichis en SPF. « C’est même un peu dangereux de se penser protégé du soleil en utilisant ces crèmes », ajoute-t-elle. « On est dans une débauche de filtres UV, c’est la grande mode », s’indigne de son côté Céline Couteau. Elle rappelle que les enfants et adolescents sont particulièrement exposés et que « Des publications montrent que l’hyperconsommation de cosmétiques peut être en lien avec une puberté précoce ».

Les experts interrogés recommandent donc la prudence : « Ce n’est vraiment pas à appliquer sur une peau jeune, plus fine, qui laisse passer les substances plus facilement, ni sur les femmes enceintes », prévient Zoé Kerlo. Erborian assure avoir retiré certaines substances controversées de ses CC Crème et CC Red Correct et annonce des reformulations de CC Eye et CC Dull Correct pour 2027, tandis que Torriden, Beauty of Joseon, Dr. Jart+ ou Action mettent en avant la conformité de leurs produits à la réglementation européenne. Zoé Kerlo rappelle toutefois : « Les cosmétiques coréens sont vendus et marketés comme des produits pour avoir une peau parfaite, mais ce n’est pas parce que le produit vient de Corée que la formule est nécessairement plus saine pour la santé ».

Foire aux questions sur la K-beauty et les cosmétiques coréens

La K-beauty est-elle meilleure pour la peau que les soins occidentaux ?

La K-beauty propose une approche préventive et très hydratante, mais sa qualité dépend surtout de chaque formule précise. Des experts comme Zoé Kerlo et Céline Couteau rappellent que certains produits contiennent des filtres UV ou conservateurs controversés.

Quels ingrédients des cosmétiques coréens faut-il surveiller ?

Plusieurs substances identifiées par l’Echa, le Circ ou l’Anses méritent une vigilance particulière.

  • Filtres UV problématiques (éthylhexyl salicylate, éthylhexyl méthoxycinnamate, nano-dioxyde de titane, nano-oxyde de zinc)
  • Butyloctyl salicylate, suspecté reprotoxique
  • Conservateurs BHA et BHT
  • Phénoxyéthanol et certains silicones comme le cyclométhicone

Les routines K-beauty conviennent-elles aux enfants et aux adolescents ?

Les spécialistes interrogés par Vert estiment ces routines inadaptées aux peaux jeunes et encore en développement. Céline Couteau mentionne un lien possible entre hyperconsommation de cosmétiques et puberté précoce, surtout avec des rituels complexes inspirés de TikTok.

Comment profiter de la K-beauty en limitant les risques ?

Il est possible d’intégrer quelques produits coréens tout en gardant une routine courte et ciblée. Les experts conseillent de limiter le nombre de couches, de vérifier les listes INCI, d’éviter les formules à risque pour les enfants et les femmes enceintes, et de privilégier les marques qui ont déjà retiré certaines substances controversées.

En bref

  • En France, les cosmétiques coréens ont envahi Sephora, Action et TikTok, générant plus de cinq milliards d’euros en 2025 et séduisant jusqu’aux « Sephora kids ».
  • Entre philosophie préventive, textures innovantes et actifs stars, la K-beauty promet la glass skin mais expose aussi à des filtres UV et conservateurs contestés par les toxicologues.
  • L’article propose des clés pour profiter des atouts de la skincare coréenne tout en limitant les risques, en particulier pour les enfants, ados et femmes enceintes.
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