Cette haie très commune dans les jardins français peut tuer votre chien, les vétérinaires s’en méfient plus que bien des poisons
Star des haies françaises, le laurier-cerise cache un risque toxique majeur pour les chiens à chaque session de taille. Comment éviter qu’une simple branche mâchouillée se transforme en urgence vitale ?
Dans d’innombrables jardins français, une haie taillée protège des regards et camoufle les clôtures sans faire d’histoire. Propre, rapide à pousser et verte toute l’année, le laurier-cerise a l’image de l’arbuste idéal. Et pourtant, derrière ses feuilles épaisses se cache un poison brutal : la libération de cyanure, que des vétérinaires redoutent plus que beaucoup de produits ménagers.
Ce danger reste pourtant peu connu alors que le laurier-cerise, ou Prunus laurocerasus, est devenu une haie classique. La variété Laurier Rotundifolia, qui gagne de 40 à 60 cm par an, offre un écran opaque très prisé en limite de propriété et dans les parcs, tout autour des chiens.
Pourquoi la haie de laurier-cerise est partout autour de nous
On croise cette haie partout : lotissements, jardins, bords de terrasse et nombreux parcs publics. Elle encadre souvent les zones de passage des familles, là où chiens et enfants jouent.
Dans un jardin où un chien circule librement, chaque taille de haie peut devenir piégeuse. Les rameaux tombés restent souvent accessibles alors que la plante une fois séchée demeure toxique pendant des mois. Un chiot qui mâchouille des feuilles ou un noyau après la coupe peut recevoir vite une dose dangereuse.
Ce que le laurier-cerise libère vraiment quand on le coupe
Feuilles, graines et jeunes rameaux renferment des hétérosides cyanogénétiques comme le prulaurasoside, le prunasoside et l’amygdaloside. Mâchées par un chien ou broyées par le taille-haie, ces feuilles libèrent de l’acide cyanhydrique, ou cyanure d’hydrogène, le même poison que dans le cyanure de potassium.
Une fois absorbé, ce cyanure bloque l’hémoglobine et la respiration cellulaire, provoquant une asphyxie interne. La dose mortelle de HCN libre se situe entre 2 et 2,3 mg par kilo de poids vif. Pour une vache, 500 g à 1 kg de feuilles peuvent suffire, à peine 200 g pour un mouton, les ruminants étant particulièrement sensibles.
Chiens et laurier-cerise : symptômes d’intoxication et gestes d’urgence
Chez le chien, l’intoxication au laurier-cerise entraîne d’abord des signes digestifs dans l’heure : hypersalivation, diarrhée, vomissements. Un symptôme très parlant est l’odeur d’amande amère dans les vomissements, véritable signature du cyanure. Peuvent suivre une respiration rapide et difficile, des tremblements, voire des convulsions.
Les données du Centre National d’Informations Toxicologiques Vétérinaires signalent des morts subites dans 23,2 % des appels liés au laurier-cerise. Le pronostic s’améliore si l’animal dépasse deux heures après le début des symptômes. En cas d’ingestion, il faut retirer feuilles ou noyaux de la gueule, appeler un vétérinaire d’urgence et y conduire l’animal sans attendre. Lui seul peut décider de faire vomir si l’ingestion est très récente et administrer, si besoin, des antidotes spécifiques du cyanure à base de nitrite de sodium, d’hydroxocobalamine et de thiosulfate de sodium. Pour limiter le risque, ramasser systématiquement les chutes de taille et empêcher le chien d’y avoir accès.
Foire aux questions sur le laurier-cerise et les chiens
Chien et laurier-cerise : quelle urgence ?
Il faut appeler un vétérinaire immédiatement et retirer si possible la feuille de la gueule.
Chien intoxiqué au laurier-cerise : quels signes ?
Les premiers signes sont hypersalivation, vomissements, diarrhée et parfois une odeur d’amande amère.
Haie de laurier-cerise : comment la sécuriser ?
Ramassez toutes les chutes de taille et limitez l’accès du chien à la haie. Au printemps, surveillez les jeunes pousses et préférez charme, éléagnus ou troène commun.
En bref
- Présent dans d’innombrables jardins, le laurier-cerise (Prunus laurocerasus) est une haie très répandue en France, souvent à portée de gueule des chiens et autres animaux domestiques.
- Feuilles et rameaux renferment des hétérosides cyanogénétiques qui libèrent de l’acide cyanhydrique lors de la mastication ou de la taille, pouvant entraîner chez le chien vomissements, détresse respiratoire et parfois mort subite en quelques heures.
- Retrait immédiat des feuilles, appel d’urgence au vétérinaire, ramassage systématique des déchets de taille et choix éventuel de haies alternatives comme le charme ou l’éléagnus permettent de limiter fortement le risque pour les animaux.