Waze, Google Maps : ce mythe sur vos trajets plus lents en France cache en réalité une décision bien plus discrète
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Depuis 2022, une rumeur affirme que la loi empêche Waze et Google Maps de proposer le trajet le plus rapide. Entre décret annulé et choix d’algorithmes, la réalité pourrait bien vous surprendre.
Vous avez peut-être remarqué que votre GPS vous envoie moins souvent sur l’autoroute à 130 km/h, ou qu’il vous suggère un trajet un peu plus long qu’avant. Sur les réseaux comme dans certains articles, une idée revient en boucle : Waze et Google Maps seraient désormais obligés par la loi de vous faire rouler moins vite. L’histoire réelle est un peu différente, et elle commence en 2022.
Cette année-là, un décret n° 2022-1119 est venu appliquer un article de la loi Climat et résilience et encadrer les services de guidage, de Waze à Plans. Un an plus tard, le Conseil d’État l’a pourtant annulé, à la demande de Coyote System. Pour comprendre pourquoi, et ce que cela change vraiment pour votre trajet le plus rapide aujourd’hui, il faut revenir sur le contenu de ce texte.
Décret 2022-1119 : ce que Waze et Google Maps devaient changer
Pris le 3 août 2022 et publié le 5 août, le décret s’appliquait à toutes les applications de navigation et d’assistance aux déplacements. Il découlait de l’article 122 de la loi Climat et résilience du 22 août 2021, qui avait créé un article spécifique du Code des transports pour « verdir » les services numériques. Le texte entrait en vigueur dès le 6 août 2022, avec des paliers d’application jusqu’au 1er décembre 2023.
Pour chaque itinéraire, les applis devaient afficher « une information relative aux quantités de gaz à effet de serre et aux polluants de l’air », selon le décret cité par Journal du Geek. Quand un trajet comportait des portions limitées à 110 km/h ou plus, elles devaient aussi proposer « un itinéraire alternatif prenant en compte une diminution de la vitesse maximale de 20 km/h sur les portions concernées ». Le texte prévoyait en plus des messages sur la marche, le vélo et le covoiturage, l’affichage des restrictions dans les zones à faibles émissions et la limitation du recours aux petites routes, sauf si le détour faisait gagner au moins 10 % de temps. Aucune sanction n’était prévue et l’itinéraire le plus rapide restait tout de même proposé.
Coyote, Conseil d’État : pourquoi le décret sur les trajets plus lents est tombé
La société Coyote System, qui édite les boîtiers et l’application Coyote, a attaqué le décret et l’arrêté d’application devant le Conseil d’État. Dans sa décision n° 468050 du 27 septembre 2023, le Conseil d’État a jugé que le décret avait « une incidence directe et significative sur l’environnement », dans une décision rapportée par Journal du Geek. Son adoption « devait, par conséquent, être précédée, à peine d’illégalité, d’une consultation préalable du public ». Comme cette consultation n’avait pas eu lieu, le décret et l’arrêté ont été annulés dans leur intégralité et l’État a été condamné à verser 3 000 € à Coyote System ; les autres arguments de l’entreprise n’ont même pas été examinés.
Avant cette annulation, certains élus avaient déjà fait part de leurs difficultés avec ce cadre. Le 10 janvier 2023, le député Thibault Bazin indiquait que « la procédure est complexe et les demandes de modification ne sont pas forcément prises en compte », selon des propos rapportés par Journal du Geek. Le 9 mai 2023, Dominique Potier écrivait que « les élus observent et déplorent encore de trop nombreuses nuisances générées par une forte affluence des convois de marchandises dans des axes secondaires », toujours cité par Journal du Geek. En 2024, le directeur général d’Île-de-France Mobilités Laurent Probst demandait à Google Maps d’adapter ses trajets avant les JO de Paris et prévenait : « S’ils ne le font pas, il faudra que l’État prenne les décisions nécessaires », selon Journal du Geek.
Ce que Waze et Google Maps font aujourd’hui avec le trajet le plus rapide
L’article L.1115-8-1 du Code des transports, issu de la loi Climat et résilience, reste en vigueur. Il demande aux services d’assistance aux déplacements de ne pas favoriser exclusivement la voiture individuelle, de limiter le report massif de trafic sur les voies secondaires, de classer les itinéraires selon leur impact environnemental et d’intégrer des informations comme les zones à faibles émissions. En revanche, les modalités très précises fixées par le décret annulé, comme le -20 km/h systématique sur autoroute ou l’obligation stricte d’afficher le CO₂ trajet par trajet, ont disparu du droit positif.
Depuis cette décision du Conseil d’État, aucun nouveau décret n’est venu rétablir ces obligations spécifiques. Le seul texte adopté ensuite, le décret n° 2025-1224 du 15 décembre 2025, porte uniquement sur l’accès des autorités organisatrices de la mobilité aux données issues des applications, sans toucher au calcul des itinéraires. Si vous voyez aujourd’hui dans Google Maps un trajet « économe en carburant » mis en avant à côté du plus rapide, c’est un choix de Google : cette fonction a été lancée en France et dans près de 40 pays européens le 7 septembre 2022, alors qu’elle existait déjà aux États-Unis et au Canada, et elle reste désactivable dans les réglages. Votre GPS peut aussi privilégier d’autres critères que le temps brut, par exemple :
- réduire la consommation de carburant et les émissions sur certains trajets ;
- limiter l’afflux de véhicules sur des axes secondaires déjà saturés ;
- intégrer des restrictions locales, comme les zones à faibles émissions ou les fermetures temporaires.
C’est pour cela que, même sans obligation légale de vous faire rouler moins vite, l’itinéraire proposé en premier par Waze ou Google Maps n’est pas toujours, à la minute près, le plus rapide mathématique.
Waze a-t-il encore le droit de proposer le trajet le plus rapide en France ?
Oui, aucun texte n’interdit à Waze de proposer un trajet rapide en premier. Le décret n° 2022-1119 qui encadrait certains affichages a été annulé en 2023 par le Conseil d’État.
Le décret 2022-1119 oblige-t-il encore Google Maps à proposer un trajet plus lent ?
Non, ce décret a été annulé en totalité le 27 septembre 2023. Les obligations de -20 km/h sur autoroute ne sont donc plus en vigueur.
Pourquoi Google Maps met-il en avant un itinéraire économe en carburant ?
Google a choisi de proposer un trajet économe à côté du plus rapide dans plusieurs régions du monde. En France, cette option reste paramétrable dans les réglages de l’application.
Que prévoit encore l’article L.1115-8-1 du Code des transports pour les applis GPS ?
Cet article impose des principes généraux de prise en compte de l’environnement et des restrictions de circulation. Il ne fixe plus, sans nouveau décret, de règles chiffrées comme le -20 km/h.
En bref
- Adopté en 2022 puis annulé en 2023 sur recours de Coyote, le décret 2022-1119 est au cœur de la confusion sur les obligations imposées aux applis GPS en France.
- Si l’article L.1115-8-1 du Code des transports demeure, aucune règle actuelle n’impose à Waze ou Google Maps de remplacer le trajet le plus rapide par un itinéraire plus lent.
- Entre stratégies produit, réglages internes et contraintes environnementales, l’itinéraire affiché en premier révèle surtout les choix cachés derrière votre GPS.